Eraflures

Dans la nuit de jeudi, mon téléphone sonne. H., exilé afghan, est paniqué. Il sort du commissariat du 18ème après 4h de contrôle d’identité qui font suite à l’interpellation de 30 exilés à Stalingrad. Un mineur pris en charge sous obligation de prise en charge provisoire par l’aide sociale à l’enfance (ASE) est concerné. Après une nuit à arpenter les commissariats du nord parisien avec une amie, les permanenciers de l’ASSFEM nous annoncent ce matin qu’à l’issue d’une retenue administrative, 11 d’entre eux ont été placés en rétention aux CRA de Vincennes, 5 dans le CRA1, 6 dans le CRA3. Les juristes s’empressent de faire les recours nécessaires. 11, c’est exceptionnel. Pourtant, ces exilés sont demandeurs d’asile, et la police le sait. Dès lors, il s’agit d’un acte politique d’hostilité manifeste envers les personnes exilé.e.s demandeuses d’asile à la rue et ce, en dépit de leurs droits fondamentaux.

Une rafle. C’est bien à une rafle que les exilés laissés pour compte de la grande évacuation de Stalingrad la veille ont vécu. La troisième rafle massive d’exilés en situation de rue en quelques mois, après deux précédents Place de la République. Mais lors de ces premières opérations, les personnes exilées furent libérées respectivement après un contrôle d’identité et une retenue administrative. Ces rafles avaient été commises prétextant une évacuation et à la fin d’une occupation. Dans le premier cas, nous étions parvenues à rester parmi les personnes exilé.e.s à l’intérieur du commissariat pendant la procédure et la mobilisation des militants avait empêchée tout placement en rétention. C’était différent ce jeudi 31 mars, puisque nul ne fut témoin de la rafle. Les forces de l’ordre ont ainsi pu agir en toute impunité.

Car finalement, en fin de journée, j’apprends par l’ASSFAM que le mineur est parmi les retenus à Vincennes malgré son inscription aux fichiers de prise en charge par l’Aide Sociale à l’Enfance. Une nouvelle preuve que la France retient illégalement des mineurs isolés étrangers, puisque selon l’article L.511-4 1° CESEDA : « Ne peu[t] faire l’objet d’une obligation de quitter le territoire français : […] l’étranger mineur de dix-huit ans. », le droit commun de la protection de l’enfance s’appliquant à sa situation à en croire les textes.

Des heures durant, nous nous concertons entre membres du BAAM, de La Chapelle Debout !, du CPSE, et contactons des avocats. Mais le temps, en CRA, s’écoule à une vitesse phénoménale : exception carcérale. Du jour au lendemain, une expulsion ou une libération peut être prononcée.

Vendredi soir, deux exilés afghans retenus sont libérés avec une convocation visiblement dans l’attente de leur première audience pour le lendemain 8.30 au Tribunal Administratif, métro St Paul. Mais alors, il s’avère que l’audience ne les concerne pas et qu’ils peuvent à présent procéder à leur demande d’asile, libres. Un exilé Soudanais comparait et c’est avec joie que les personnes présentes en soutien au tribunal m’annoncent qu’il a obtenu satisfaction. Le voici désormais libre lui aussi.

Ce matin, je retrouve le jeune mineur à Gare de l’Est. Sa libération s’est faite sans un mot une fois l’erreur judiciaire au grand jour. Sous son crâne, c’est plutôt brouillard. L’interprète mandaté était Iranien et ne parlait pachto, la langue maternelle du retenu, en dépit des obligations légales. Ainsi, ce sont des formulaires incompréhensibles qu’il signait, jusqu’à voir son nom devenu méconnaissable et son âge augmenté de deux ans : assez pour qu’il ne soit plus concerné par les droit accordés par la protection de l’enfance.

Mais ce qui n’est désormais pour lui que le souvenir d’une mésaventure demeure une réalité pour les retenus restants. Les autres audiences au T.A. ainsi qu’avec le Juge des Libertés se tiendront en début de semaine prochaine. Mes pensées vont aux personnes étrangères enfermées, survivant dans des conditions souvent indignes sous la menace constante d’une expulsion vers des terres fuies. Ce soir encore, la lutte continue.

 

Morgann Barbara Pernot

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