Si vous avez 3 minutes pour lire ce message jusqu’au bout – par Espérance

Si vous avez 3 minutes pour lire ce message jusqu’au bout.

Depuis des mois nous luttons sur tous les fronts, et tentons entre autre d’héberger des jeunes que la DASES a refusé de mettre à l’abri, pendant les 2, 3,4 interminables mois de non droit que représente la période de recours. Ni mineur, ni majeur, aucun statut pour eux, aucun droit, aucune légitimité, aucune solution, seulement l’attente et l’espoir que ce recours servira à quelque chose, et qu’on les écoutera, les protègera enfin.

Parce que les laisser à la rue est un risque, le risque des trafics humains de plus en plus inquiétants, le risque de la marginalisation, le risque de ne plus pouvoir se réadapter, de se décourager, de perdre des repères si fragiles, de perdre l’envie, l’espoir, de se perdre, à 15 ans, 16 ans, 17 ans….

De plus en plus, certains d’entre eux nous dévoilent leur peur, par un regard ou des mots confiés, par une tension agressive ou une supplication humiliante, en s’effondrant en larmes dans nos bras au milieu d’une nouvelle nuit trop sombre, la peur de dormir dehors avec tout ce que cela peut engendrer comme conséquences destructrices, la peur de ne plus être qu’une ombre dans la nuit, d’être oublié, de ne plus exister.

Une peur viscérale pour certains je vous l’assure, une angoisse de chaque matin qui les hante et les fait souffrir honteusement, parce que dans la rue il n’y a pas de place pour ceux qui montrent leurs faiblesses, leurs craintes, cette crainte qu’ils ne dévoilent que dans l’intimité de la confidence, cette peur qui les cueille au réveil et dure jusqu’au soir, tant que l’hébergement n’est pas confirmé, alors que nous patientons avec eux jusqu’à 22h, 23h, parfois minuit dans la rue, vissées à nos téléphones, dans la tension et l’espoir de leur trouver un toit.

Une peur qui abîme certains, peur de la descente à vitesse grand V, peur que cela ne détruise un équilibre qu’ils protègent farouchement avec des petites habitudes, des rituels rassurants, grâce à leur volonté profonde de garder la tête hors de l’eau, hors du bitume, parce qu’ils ont bien conscience de ce que la rue peut entraîner, parce qu’ils ont eu des expériences douloureuses dans cette maudite rue, parce que la rue c’est souvent le vol, la violence, parce que qu’ils sont parfois isolés au milieu de groupes, parce qu’ils ont été seuls pendant des mois, des années…. pour autant de raisons qu’il y a d’individus, d’histoires.

Bien sûr de nombreux majeurs aussi vivent cette peur écrasante et elle est tout aussi inacceptable, dévastatrice et douloureuse, mais pour ces mineurs la procédure commence systématiquement par la suspicion de mensonge, prouvez-nous que vous êtes mineurs et isolés, une première estimation parfois au faciès, les juges, les avocats, les tribunaux, les tests médicaux, pour prouver dans un premier temps qu’ils sont mineurs, qu’ils ont bien l’âge qu’ils ont ou que leurs parents leur ont indiqué dans une culture sans repères calendaires, sans traces écrites systématiques, sans obsessions administratives….

Alors nous les voyons de plus en plus souvent accepter le toit d’inconnus rencontrés sur une place, parfois pour le meilleur, parfois pour le pire, malgré nos mises en garde, ne pas y aller seul, nous donner l’adresse, le téléphone de cet inconnu, nous appeler quelle que soit l’heure en cas de doute, de malaise… ou de problème.

Nous ne voulons plus les déplacer chaque soir, leur faire vivre ce déséquilibre quotidien, cette angoisse, nous sommes fatiguées de faire des calculs, des statistiques, de transmettre des chiffres, d’alerter en vain, horrifiées de devoir choisir lequel pourra bénéficier des quelques lits généreusement proposés, nous ne supportons plus de voir pleurer les plus épuisés, de les regarder s’autodétruire pour alerter le monde, nous ne savons plus comment leur expliquer pourquoi certaines personnes ne les croient pas, nous ne voulons plus les déplacer sans cesse, comme les pions d’un jeu d’échec, échec…échec, et faire ce que nous reprochons aux « autorités », mais par dessus tout nous ne voulons pas les laisser à la rue.

Cesser d’héberger, abandonner cette partie de notre action, nous y avons pensé, tant de fois, surtout ne pas substituer, ne pas prendre un rôle qui n’est pas le nôtre…. mais pour ceux qui ne supportent plus la rue ce serait encore pire que ces déplacements quotidiens, et nous n’en croisons qu’une infime partie.

Nous recherchons des lieux d’accueil sur Paris d’au moins une semaine, pour qu’ils ne soient pas déracinés chaque soir, résignés, pour que leurs sacs quittent leurs dos souvent voutés au moins quelques jours, nous ne voulons pas seulement les héberger mais avant tout les accueillir…sans vous nous ne pouvons rien, aidez-nous, en proposant cet accueil ou en le cherchant autour de vous, en attendant que la France se réveille !

Merci d’avoir lu, merci d’y penser, merci pour ce que vous faites déjà et ce que vous pourrez faire.

Pour nous contacter, écrivez-nous à info@exilesparis.org.

Notre cagnotte pour les équiper d’un téléphone portable: www.leetchi.com/c/solidarite-de-migrants-de-republique

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