« Sans papiers », par Mohamed Nour Wana

Parce que le prix de la liberté peut coûter jusqu’à l’âme.
Je suis sans papiers.
Je suis le fils d’un sans papiers.
Je suis la fille sans papiers.
Je suis la mère de famille sans papiers.
Je suis le père de famille sans papiers.
Je suis l’âme vivante des sans papiers qui ont péri dans le bleu et dans le désert.
Je suis le nombre de balles tirées en Afrique.
Je suis le péril dans le bleu et dans le Sahara.
Je suis le nombre de réfugiés en Europe.
Je suis la voix des sans papiers qui parle à la place de l’autre sans papiers.
Je suis la fille sans papiers qui se faisait violée dans son village, par des militaires parce que j’étais trop belle et mon père trop pauvre pour défendre nos droits devant le gouvernement pourri de mon pays.
Je suis le cultivateur sans papiers qui a fuit son village parce qu’il y avait trop d’hostilités.
Je suis le fils d’un sans papiers mais élève brillant qui s’est rendu compte qu’il n’y avait pas d’avenir pour lui dans un pays où règne la dictature.
Je suis le fils d’un sans papiers qui était toujours sous estimé, insulté, méprisé puis expulsé du village parce qu’il était sans papiers dans un pays qui n’était pas le nôtre.
Je suis la mère de famille sans papiers parce que mon mari a reçu une balle dans la tête pour défendre l’honneur de ses enfants et de son village.
Je suis le père de famille sans papiers parce que j’ai préféré sacrifier mes enfants et mes deux femmes dans le bleu plutôt que de les laisser mourir comme des chiens sous vos balles.
Je suis l’âme vivante de tous les sans papiers qui ont péri dans le bleu et dans le Sahara parce que mon beau village s’est transformé en enfer et qu’il fallait partir vivre une autre vie ailleurs qu’ici.
Je suis le petit enfant qui n’a pas eu la chance d’aller à l’école, qui ne parle pas mais qui dessine des scènes de guerre qui traduisent ses maux.
Je suis la voix de toute une famille, toi, moi, lui, l’autre.
Je suis la voix sans papiers qui parle pour traduire les maux et montrer le visage des exilés.
Je suis la preuve vivante de toutes vos blessures, vos peines, vos pluies de balles, vos violences, vos tortures, vos crimes, vos larmes, vos mépris, vos pensées, vos souhaits, vos rêves.
Je suis le résultat de la misère, du racisme, des violences, des crimes et de la terreur infligés aux autres.
Je suis mille fois tous
Sans papiers, je ne suis pas une menace pour les autres.
Et vous, qui êtes-vous ?

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